EURCHF : présentation de la paire (peu volatile, mais capable de mordre sans prévenir)
EURCHF oppose l’euro au franc suisse. Cette paire croisée passe l’essentiel de son temps à évoluer par petits pas, dans le calme. Un jour moyen, l’EURCHF peut se déplacer de 30 à 50 pips, à peine de quoi intéresser un day trader. Mais derrière ce calme apparent se cache l’un des événements les plus dangereux de l’histoire moderne du forex, et tout trader qui s’intéresse à cette paire doit comprendre pourquoi il ne faut jamais confondre « calme » et « sûr ».
Avertissement sur les risques : Ce contenu est fourni à des fins éducatives uniquement et ne constitue pas un conseil financier. Le trading forex comporte des risques et vous pouvez perdre de l’argent.
Pourquoi l’EURCHF est généralement calme
La zone euro et la Suisse sont des économies profondément imbriquées. La Suisse est enclavée au cœur de l’Union européenne, partage ses frontières avec l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Autriche, et réalise la majorité de ses échanges avec les pays de la zone euro. Cette proximité économique fait que l’euro et le franc ont tendance à évoluer dans le même sens face aux autres devises. Quand on les croise l’une contre l’autre, une grande partie de ce mouvement commun s’annule, et il reste une paire dont l’amplitude quotidienne est naturellement faible.
- Une forte corrélation économique : les exportations suisses partent en très grande majorité vers la zone euro, et les biens de la zone euro affluent en Suisse. Ce lien commercial ancre les deux devises l’une à l’autre.
- Des niveaux d’inflation similaires : la zone euro comme la Suisse ont historiquement maintenu une inflation faible, ce qui limite le risque de fortes divergences de politique monétaire.
- Une BNS attentive à l’EURCHF : la Banque nationale suisse a déjà ciblé explicitement le taux de change EURCHF par le passé, ce qui renforce la tendance de la paire à rester dans des ranges étroits.
Ce calme rend l’EURCHF attrayant pour les traders qui préfèrent des mouvements modestes et maîtrisés. Les stratégies de trading en range et les approches de retour à la moyenne peuvent bien fonctionner sur cette paire en conditions normales. Mais tout repose sur ce mot : « normales ».
L’abandon du cours plancher par la BNS en janvier 2015 : une leçon sur le risque extrême
Le 15 janvier 2015, la Banque nationale suisse a stupéfié le monde financier en supprimant son cours plancher de 1.2000 sur l’EURCHF. Elle maintenait ce plancher depuis septembre 2011 pour empêcher le franc de trop s’apprécier face à l’euro. Pendant trois ans et demi, la BNS avait acheté des euros en quantité illimitée pour défendre ce niveau, et le marché avait fini par considérer 1.2000 comme un mur infranchissable.
Puis le mur a disparu.
Dans les minutes qui ont suivi l’annonce, l’EURCHF s’est effondré de 1.2000 à environ 0.8600, soit un mouvement de plus de 3 400 pips en moins de 20 minutes. Beaucoup de stop loss n’ont pas été exécutés à proximité des niveaux prévus, tout simplement parce qu’il n’y avait aucun acheteur entre 1.2000 et 0.8600. Le prix a fait un gap au-delà de tous les ordres du carnet.
Des conséquences catastrophiques
- Des particuliers ont perdu plus que le solde de leur compte : les traders acheteurs d’EURCHF autour de 1.2000 ont vu leur compte plonger très loin dans le négatif. Certains devaient des dizaines, voire des centaines de milliers de dollars à leur broker.
- Des brokers se sont effondrés : Alpari UK, l’un des plus grands brokers pour particuliers de l’époque, s’est déclaré insolvable. FXCM, un autre broker majeur, a eu besoin d’un sauvetage d’urgence de 300 millions de dollars. Des courtiers plus petits ont purement et simplement fermé.
- Des pertes institutionnelles massives : banques, hedge funds et sociétés de trading pour compte propre ont annoncé des pertes cumulées de plusieurs milliards.
- Un événement qui a transformé le secteur : dans plusieurs juridictions, les régulateurs ont ensuite introduit ou renforcé des règles de protection contre le solde négatif, pour que les traders particuliers ne puissent jamais devoir plus que leur dépôt.
Cet événement est à lui seul l’étude de cas la plus importante pour comprendre pourquoi la protection contre le solde négatif existe et pourquoi elle compte. Si votre broker ne propose pas de protection contre le solde négatif, vous ne devriez pas trader les paires en CHF. Point final.
Le franc suisse, valeur refuge
En dehors du feuilleton du cours plancher, le franc suisse est l’une des principales devises refuges au monde. Pendant les périodes d’incertitude mondiale (conflits géopolitiques, crises financières, craintes de pandémie), les capitaux affluent vers les actifs suisses, ce qui renforce le franc et fait baisser l’EURCHF. Cette demande de valeur refuge peut l’emporter sur le calme habituel de la paire et créer des mouvements directionnels de 100 à 200 pips sur plusieurs jours ou plusieurs semaines.
Les principaux scénarios de risque qui renforcent le franc
- L’instabilité politique européenne : des élections aux résultats inattendus en France, en Italie ou en Allemagne peuvent faire passer des capitaux de l’euro vers le franc, et faire nettement baisser l’EURCHF
- Les crises bancaires : la réputation de stabilité financière de la Suisse fait du franc un refuge lorsque le secteur bancaire est sous tension
- Les conflits géopolitiques : les guerres et les tensions militaires ont historiquement profité au franc
- Les inquiétudes sur la dette de la zone euro : tout regain de craintes sur la dette souveraine des pays d’Europe du Sud peut affaiblir l’euro face au franc
Ce qui fait bouger l’EURCHF au quotidien
- La politique monétaire de la BCE : les décisions de taux et les conférences de presse de la Banque centrale européenne sont le principal moteur côté euro. Un discours hawkish (restrictif) de la BCE fait monter l’EURCHF ; un discours dovish (accommodant) le fait baisser.
- La politique monétaire de la BNS : les décisions de taux trimestrielles de la BNS et tout propos sur un franc « fortement valorisé » ou sur sa disposition à intervenir sont déterminants. La BNS ne se réunit que quatre fois par an, donc chaque réunion pèse lourd.
- Le différentiel de taux d’intérêt : quand la BCE offre des taux plus élevés que la BNS, les flux de capitaux favorisent l’euro et font monter l’EURCHF. Quand le différentiel se resserre, l’EURCHF a tendance à glisser vers le bas.
- Les statistiques économiques de la zone euro : le PIB, le CPI (inflation) et les indices PMI de la zone euro modifient les anticipations sur la BCE.
- Les statistiques économiques suisses : le CPI suisse, le PIB et le baromètre conjoncturel du KOF influencent les anticipations sur la BNS.
- Le sentiment de risque : lors des phases de risk-off, le franc se renforce et l’EURCHF baisse.
Les meilleures heures pour trader l’EURCHF
L’EURCHF est une paire européenne de bout en bout. Les deux devises appartiennent à des économies qui vivent à l’heure d’Europe centrale, donc l’activité de la paire se concentre sur la session de Londres (07:00-16:00 GMT). C’est à ce moment que les institutions suisses et de la zone euro sont actives, que les spreads sont au plus serré et que les statistiques économiques sont publiées.
- Session de Londres (07:00-16:00 GMT) : la fenêtre idéale. Les statistiques suisses tombent généralement entre 07:15 et 08:30 GMT. Les événements de la BCE ont lieu pendant les heures de bureau européennes.
- Chevauchement Londres-New York (13:00-17:00 GMT) : ajoute le volume des acteurs américains, même si les flux liés au dollar n’affectent l’EURCHF qu’indirectement.
- Session asiatique : l’EURCHF est pratiquement à l’arrêt pendant les heures asiatiques. Les spreads s’élargissent nettement, et aucune des deux économies ne fournit de catalyseur fondamental. Évitez de trader cette paire pendant la session asiatique.
Caractéristiques de trading
- Amplitude quotidienne moyenne : 30 à 50 pips en conditions normales
- Spread typique : 1,5 à 3,0 pips
- Structure du pip : cotation standard à quatre décimales (un pip = 0.0001)
- Personnalité : calme, en range et revenant vers sa moyenne la plupart du temps, mais capable de mouvements extrêmes lors des événements liés à la BNS ou des ruées vers les valeurs refuges
Taille de position et gestion du risque
Comme l’EURCHF est généralement calme, beaucoup de traders sont tentés d’augmenter leur taille de position pour compenser la faible amplitude quotidienne. C’est l’une des erreurs les plus dangereuses que vous puissiez commettre. L’événement de 2015 a prouvé qu’une seule surprise de la BNS peut provoquer des mouvements plus violents que n’importe quel autre événement du forex moderne. Si vous êtes surexposé au moment où un tel événement survient, votre compte n’y survivra pas.
- Adaptez votre taille de position au pire scénario, pas au scénario moyen
- Tradez toujours avec un broker qui propose la protection contre le solde négatif lorsque vous tradez une paire en CHF
- Utilisez un stop loss sur chaque trade, en sachant que lors d’événements extrêmes, votre stop peut être exécuté à un prix bien pire que prévu
- Envisagez les stop loss garantis si votre broker en propose : ils coûtent plus cher, mais apportent une certitude lors des mouvements extrêmes
Rappel sur les risques
L’EURCHF n’est pas la paire calme et sûre qu’il semble être sur un graphique journalier. La faible volatilité est réelle la plupart du temps, mais le risque extrême (le risque d’un événement catastrophique qui ne survient qu’une fois par décennie) est plus élevé sur cette paire que sur presque tout autre instrument du forex. Le krach de janvier 2015 a détruit des comptes, mis fin à des carrières de trader et mis des brokers en faillite. Utilisez toujours la protection contre le solde négatif, dimensionnez toujours vos positions avec prudence, et ne supposez jamais que le calme d’hier garantit celui de demain.
